Vanessa Fanuele

Vanessa Fanuele, l’haruspice de l’Art.
« À tout moment, le corps risque la disparition par fuite des organes et des os. Soudainement / une aspiration vers le bas / en avant de moi une / succion m'a / je sens qu'une m'a et qu'elle m'a / je vois membres débordés de plis / s'enfouir. »
Emmanuel Laugier[1]
Vanessa Fanuele est une artiste française d’origine italienne, son travail prend forme essentiellement sur papier même si l’artiste propose régulièrement des installations. Elle nous plonge dans un monde dominé par des figures étranges, hybrides d’animaux aquatiques et d’organes du corps humains. Les images créées par Fanuele ne s’offrent à notre regard que par un jeu de transparence (de plus en plus poussé si bien que l’effacement des formes est aujourd’hui quasi-total). Les formes imaginées ne se livrent jamais complètement. Le point de vue depuis lequel l’artiste regarde ou invente
semble inversé, non pas au-delà du miroir mais par delà la peau elle-même, pour se trouver depuis l’intérieur du corps, regardant le monde extérieur. Perdu dans cet univers il ne nous est pas possible de savoir où nous sommes, mais également si nous sommes à l’échelle du cosmos ou de cellules du corps. Ainsi les étoiles rencontrent le sang, et nous de voyager depuis le corps vers l’espace.
L’art et la manière de fusionner les corps.
« L’humanité ne cesse jamais d’aimer les monstres
et elle les trouve là où il sont »[2]
Les créatures imaginées par Vanessa Fanuele semblent prendre naissance à partir d’éléments humains mêlés à une constellation organique et mouvante. Les êtres qui peuplent l’univers de Vanessa Fanuele, sont des sortes de chimères. Les éléments mélangés entre eux sont des fragments de corps qui par le travail de l’artiste sont dotés d’une nouvelle identité. Ce sont des êtres hybrides, comme dans I’m fool to cry, un dessin qui représente une forme organique en une sorte d’animal aquatique à l’intérieur duquel nous pouvons apercevoir des éléments de corps humain et des objets divers. Un ensemble qui donne non pas sens mais vie comme s’il s’agissait d’un organisme issu d’un assemblage hétéroclite contre nature. Par ce bestiaire, c’est toute la question de l’identité que Vanessa Fanuele remet en question, car elle met « en péril l’ordre de la nature, en proposant une logique de la tératologie »[3].
Il est possible d’identifier les différents éléments qui composent les chimères de Vanessa, « la fusion est incomplète dans la chimère car elle maintient la différence dans le même. Il s’agit de suivre la migration de la différence à l’intérieur d’une unité sans que celle-ci disparaisse ».[4] Vanessa Fanuele s’inscrit dans une longue tradition car, le monstre composite depuis l’antiquité est « ce qui tranche, attire le regard, provoque l’admiration, l’étonnement, l’émerveillement, l’inquiétude enfin car c’est un avertissement des Dieux » mais toujours symbole d’altérité. Ces chefs d’œuvres de la nature ou oubliés
de Dieu pour reprendre l’expression de Martin Monestier, sont tout à la fois le véhicule de l’horreur mais également la manifestation d’un champ de possible illimité.
Au regard du temps : archéologie du vivant ou du mort
« A quoi sert le temps ?
Le temps est ce empêche que tout soit donné tout d’un coup »
Henri Bergson
Le travail de Vanessa peut s’apparenter à l’archéologie. Dans cette capacité d’amalgamer des éléments mais surtout de nous les révéler, l’artiste fait ressurgir de sa mémoire les réminiscences d’un passé imaginaire ou non. Les dessins et installations laissent entrapercevoir au travers de peaux ajourées, de coulures et souillures, des bribes d’objets et d’images. Tel le Dieu Janus à deux têtes qui gardait l’entrée des temples en regardant à la fois dedans et dehors, mais également capable de voir le passé et l’avenir, Vanessa mélange les dimensions temporelles, l’imaginaire fixe ici l’histoire de l’univers, depuis l’évolution de la première cellule vivante mélangé aux reliquats des cultures disparues. Dans son œuvre se joue également les divers états de la mémoire, de celle que l’on perd, de celle que l’on veut oublier mais également de celle que l’on retrouve fragmentée et déformée. Toute une série d’œuvres semble être la résultante de la contamination de corps, une série de points recouvrent l’ensemble des ces formes, plus tard dans des œuvres plus récentes ce sont des coulures qui remplaceront ces points avec la même résultante, la disparition et l’effacement. Archéologie du vivant, oui mais aussi interprétation et magie, telle l’haruspice qui dans l’Antiquité interprétait les signes divin en lisant dans les entrailles d’animaux sacrifiés. Spicio, je regarde, haru, les entrailles, regarder au plus profond du vivant mais pour voir quoi ? pour voir par delà les limites du temps et de la matière. C’est là que la magie opère dans l’œuvre de Vanessa Fanuele et s’offre à notre contemplation comme le résultat d’une séance d’exorcisme.

Zoo 1, 2, 3, mixed media on paper, 160 x 300cm, 2009
Dédoublement et possession
Vanessa Fanuele fait sortir ses démons non pour les chasser mais comme source d’inspiration et de force, il s’agit alors d’une possibilité d’introspection du moi : Monstre qui peut être cet autre soi-même qui dort au fond de soi et qui donne à l’être qu’il habite une dimension supplémentaire. Ce double est alors un moyen de création. « L’artiste, en lui, comme tout un chacun, flaire le monstre, appréhension d’une nature profonde du moi qu’il va métamorphoser en figures… »[5]. Le monstre est le symbole de la puissance créatrice et l’artiste peut « donner à vivre aussi les images extraordinaires qui naissent en l’homme »[6]. Mais l’artiste peut-être possédé par cette figure du double, dans le domaine de l’écriture, Catherine Couvreur explique que « tout écrivain est double à plusieurs sens […] il possède un double ou est possédé par lui »[7]. Montaigne est le témoin de ces créatures issues de l’inconscient que l’écriture elle-même engendre, mais pour Montaigne, « il s’agira plutôt de les mettre en rang,[…] de les apprivoiser, de pactiser avec eux, pour se défendre de leur agression »[8]. Vanessa Fanuele matérialise le monstre en elle, qui lui est à la fois bénéfique et qui en même temps suscite l’inquiétude et fait naître en elle la sensation d’être anormal, d’être elle-même un monstre hors norme. « S’il est vrai que l’abject sollicite et pulvérise tout à la fois le sujet, on comprend qu’il s’éprouve dans sa force maximale lorsque, las de ses vaines tentatives de se reconnaître hors de soi, le sujet trouve l’impossible en lui-même : lorsqu’il trouve que l’impossible, c’est son être même, découvrant qu’il n’est autre qu’abject »[9]. L’œuvre de Fanuele montre que le monstre et le double ne font qu’un ; « le monstre sert de double à la conscience qu’a l’homme de la duplicité de son âme »[10].

Jusqu'a ce que la mort nous sépare, Installation, 285 cm, 2008
De l’érotisme
« L’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort » Georges Bataille
Les œuvres de Vanessa Fanuele sont éminemment liées au corps et à la sexualité ; le sang, les larmes, les humeurs, toutes les excrétions du corps sont omniprésentes. L’œuvre est un point d’articulation des contradictions du réel : la vie et la mort, la naissance et la disparition, le présent et le passé. Cet ensemble ne permet pas de fixer une sensation, de la figer, tel un pendule nous passons d’un opposé à un autre. L’ambivalence des émotions suscitées par l’artiste sème le trouble et nous laisse dans le doute. Vanessa nous emmène dans son monde et c’est à nous de nous y laisser perdre, de nous abandonner tout simplement.
Yann Perol
[1] Emmanuel Laugier, Son corps flottant, Bruxelles, édition DIDIER DEVILLEZ, 2000.
[2] Jurgis Baltrusaitis, Réveils et prodiges, Paris, Colin, 1960, p.332.
[3] Jackie Pigeaud, L’art et le vivant, Paris, Gallimard, 1995, p.187.
[4] Lydie Pearl, Corps, sexe et art, Paris, L’Harmattan, Paris, l’Harmattan, 2001, p.82.
[5] Paul Ardenne, L’image Corps, Paris Editions du Regard, 2001, p.385.
[6] Jean Burgos, sous la direction de, Présence du monstre, tome I, mythe et réalité, Paris, Editions Lettres Modernes, 1975, p.24
[7] Catherine Couvreur, sous la direction de , Le double, Paris , PUF, 1995, p.20
[8] Fausta Garavini, Monstres et Chimères : Montaigne, le texte et le fantasme, Paris, Editions Champion, 1993, p.12
[9] Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur, Paris, Editions du Seui, 1980, p.12
[10] Marie-Josèphe Wolff-Quenot, Des monstres aux mythes, Paris, Guy Trédaniel éditeur, 1996, p.228

Née le 24 juillet 1971
Elle vit et travaille à Paris.
EXPOSITIONS PERSONNELLES
2009 Finger in my mirror, galerie the Window 41, Paris
2008 "On n’y voit rien", Galerie Defrost, Paris (14 mai -16 juin)
2007 "Eruption" Installation à la Galerie France Fiction (septembre)
2005 Musée d’art contemporain de Marrakech, Maroc (Fondation Omar Benjelloun)
EXPOSITIONS COLLECTIVES2009 "Sortilèges" Fondation Salomon, Annecy. (mars-juin)
2009 "Seconde vie,seconde peau" Mairie de Guyancourt ( mars)
2009 Exposition galerie Van Der Stegen 75009, Paris. ( janvier)
2008 Foire Slick, Galerie Defrost.
2008 Biennale de Vienne "Wollmäuschen-die erotsche Zeichnung" ( 5-23 octobre)
2008 "Impossible to capture", Galerie Defrost, Paris
2007 "Girls’ insights", carte blanche à Anne Malherbe, Galerie Defrost, Paris
Autres Projets
2003
Création d’un événement artistique dans le Kunstmuseum de Dussëldorf pour McKinsey Compagny.
Scénographie de l’exposition de l’artiste Pefura à Milan.
Projet pour la réhabilitation du cinéma Eden République à Paris.
2002:
Scénographie de l’exposition de l’artiste Pefura à Paris.
2002-1994:
PARUTIONS
2008 Parutions de dessins Ninja Magazine ( novembre)
2008 Parution Madame Figaro numéro Arty ( 22 novembre)
2008 Parution de dessins JHON N°20, (http://johnmagazine.free.fr)
2007 Parution de dessins dans Standard du mois de juin
